Entre cendre et lumière

Entre cendre et lumière

Sous les paillettes, le vertige

Il y a des jours où le monde paraît terne, presque usé. Alors, pour tromper la grisaille, on y jette des éclats de lumière.
Des mots doux, un rire, une petite attention, un soupçon de magie. Des paillettes.
Pas de celles que l'on colle sur la peau, mais de celles que l'on dépose sur le cœur, discrètement, comme un sort jeté sur la médiocrité, sur le laid, sur le triste, sur le creux, sur la vacuité humaine.

C’est une façon de dire : je refuse de me laisser engloutir. Un moyen de garder un peu de beauté là où tout s’effrite.
Une manière de survivre, aussi.
Les paillettes, c’est la preuve que l'on n’a pas tout à fait renoncé. C’est l’instinct de l’âme qui cherche encore à créer un peu de beauté dans ce qui s'effondre franchement ou, dans ce qui s'effrite, doucement.
C’est la main qui se tend vers la lumière, même tremblante, même salie, même abîmée d'avoir trop donné.
Les paillettes, elles ne mentent pas vraiment, elles enjolivent juste le chaos pour le rendre supportable.

Le sourire

Le sourire, lui, vient naturellement.

Les sourires des gens abîmés sont toujours vrais, précieux, c'est juste que certains viennent de plus loin. Ils sont plus fatigués, mais jamais forcés. Ils préservent et la chaleur qu'ils apportent, c'est ça qui aide à tenir debout. C'est pour cela qu'un sourire fait autant de bien à celui qui le reçoit qu'à celui qui l'envoie. 

Parfois c'est aussi offrir juste ce qu’il faut pour qu’on nous laisse tranquille, pour éviter de se confier. À force, ça devient presque un art.

Parce que dans le fond, vous le savez, expliquer serait plus épuisant encore. Ce sourire, c’est le vernis que l'on passe sur les fissures. Un rempart contre l’intrusion. Une élégance de survie. Pour qui les reconnaît, il y a dans ces sourires une noblesse silencieuse, celle de ceux qui refusent de sombrer, même quand la mer monte.

Les addictions

Et puis il y a les addictions.
Elles changent de forme selon les gens : travail, contrôle, amour, reconnaissance, excès, oubli, alcool, substances...
Elles ne viennent pas de nulle part, elles naissent souvent d’un besoin d’anesthésie.
De cet instant suspendu où tout s’arrête enfin.
Pour certains, c’est une fuite. Pour d’autres, un silence choisi.
On ne cherche pas à se détruire : on cherche à respirer, différemment. C'est comme un bouton "arrêt d'urgence".
On cherche l’instant où le vacarme s’éteint. Le moment où la tête cesse de tourner, où les pensées se figent, où le monde devient flou, et donc un peu plus doux.
Mais à force de vouloir éteindre le feu, on oublie parfois qu’il peut aussi réchauffer et qu’en cherchant l’oubli, on finit par s’oublier soi-même.

Le retour

Pourtant, vient toujours le retour, la descente.
Les paillettes retombent, les rires se fanent, la musique s’éteint.
Ne reste alors que ce reflet dans le miroir : celui d’un être lucide, authentique, un peu cabossé, mais encore debout.
Quelqu’un qui a parfois le regard malicieux et candide de l’enfant, et parfois celui, fatigué, du vieillard qui en a trop vu.
On apprend à vivre avec ces deux-là. À ne pas chercher à guérir à tout prix. À simplement continuer, entre deux silences, entre deux verres, entre deux sourires.
Dans ce miroitement fragile, il y a pourtant quelque chose de beau : la persévérance de l’humain, cette façon maladroite mais tendre de recommencer malgré tout, de refuser de se résigner.

Et puis, il y a ce geste minuscule : continuer à semer un peu de lumière.
Pas pour être vu, mais pour qu’un autre, quelque part, retrouve un peu de chaleur dans la nuit.
Parce que l'on sait ce que c’est, les nuits sans lune. Parce que l'on y a marché, seuls, un peu trop souvent.
Alors, c’est peut-être cela, retrouver la lumière :
ne pas la chercher au loin, mais se rappeler qu’elle brûle, même faiblement, sous la cendre.
Allumer une bougie. Écouter un morceau que l'on aime. Sortir marcher. Respirer la pluie (oui, vous avez bien lu, pas de faute de frappe ☺️). Écrire. Regarder un arbre sans rien attendre. Admirer la vie et se dire que l'on en fait partie, nous aussi, malgré nos failles et nos fissures.
Faire un geste simple, minuscule, mais vrai, car c’est ainsi que la lumière revient : par les détails, par la présence, par la tendresse ordinaire.
La lumière n’est donc jamais loin. Elle sommeille en nous, discrète, patiente. Il n'y a pas besoin de la chercher à l'extérieur.
Elle renaît chaque fois que l’on ose être vrai, ne serait-ce qu’un instant.

💫 Vient donc cette réflexion : et si la lenteur était, elle aussi, une manière de guérir ?
Ralentir, non pas pour fuir le monde, mais pour mieux l'habiter.
Se créer des rituels : préparer son thé comme un geste sacré, allumer une bougie avec intention, marcher sans but, respirer profondément avant de parler, noter trois choses douces dans un carnet.
Ce sont de petites ancres invisibles qui nous ramènent à nous-mêmes.
Le slow living, au fond, n’est pas un art de vivre parfait : c’est un art de revenir à soi après les tempêtes. C'est une façon de survivre au monde.
C’est accepter que la lumière soit fragile, mouvante, mais toujours là, prête à renaître à chaque geste simple.

Alors si ces mots te parlent, sache-le :
Je sais. Je te vois. Tu n’es pas seul à lutter.
Ne cherche pas sur d'autres terres, d'autres cœurs, d'autres yeux ce que tu portes déjà en toi.
La réponse est là, elle chuchote entre deux battements. Écoute.

* Et oui, Samhain approche…Les énergies changent, l’air devient plus dense, plus silencieux. C’est le temps des descentes intérieures, celui où l’on éclaire nos zones d’ombre à la lueur d’une flamme vacillante. Il est temps d’aller voir ce qui se cache dans le grenier de l’inconscient, d’ouvrir les cartons, de faire face à nos mécanismes de défense, à nos excès, à nos manques. Non pour se juger, mais pour se comprendre. Pour faire de la clarté, pour libérer un peu d'espace. Souviens-toi, Samhain n’est pas la fin : c’est la porte vers un recommencement plus vrai, plus conscient.

Vicky, funambule entre l’ombre et la lumière

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