Mettre de l'or sur nos blessures

Mettre de l'or sur nos blessures

L’art de sublimer nos failles 

Il y a des cassures que l'on voudrait effacer. Il y en a d’autres que l'on apprend, avec le temps, à aimer, à regarder avec bienveillance, parce qu’elles racontent notre manière d’avoir tenu, malgré tout.

 

Il existe, au Japon, un art ancien qu’on appelle kintsugi, littéralement “jointure d’or” (j'en avais déjà parlé sur la page de la boutique). Lorsqu’un bol se brise, on ne cherche pas à dissimuler les fissures. On les comble de laque et de poudre d’or, comme pour dire : voici l’endroit où j’ai souffert, et c’est là que je brille le plus.

Nos vies ressemblent souvent à ces poteries. Nous aussi, nous nous fendons, nous éclatons parfois en mille morceaux sous le poids d’un deuil, d’une trahison, d’un départ. Longtemps, nous essayons de recoller tout ça comme avant, d’un geste tremblant, dans l’espoir naïf de redevenir “entiers”. Mais ce que l'on finit par comprendre, c’est que le “comme avant” n’existe plus, et que, ce n’est pas un mal. Parce qu’entre les failles, quelque chose de nouveau peut naître, plus vrai, plus doux, plus fort aussi.

Mettre de l’or sur nos blessures, c’est refuser de les renier ou de les enfouir. C’est choisir de ne plus cacher ce qui fait mal, ni d’étouffer la vulnérabilité qui nous rend humains. C’est dire au monde : je ne suis pas intact, mais je suis vivant. C’est se réconcilier avec nos bords abîmés, avec ces parties de nous qui crient encore dans le silence.

J'ai parfois l'amère impression que la douleur me rend plus lointaine, plus froide. Quand j’ai mal, j’ai ce réflexe presque instinctif de serrer les dents, de me raidir, de dresser mes murs. J'ai besoin de me préserver. Chaque blessure semble épaissir un peu plus la carapace, et j’ai peur, parfois, qu’à force de me protéger, je finisse par ne plus rien sentir. Par ne plus être qu’une armure qui tient debout, le cœur froid. J'ai ce réflexe :  « maintenant, c'est fini, c'est la dernière fois que je souffre ainsi, je ne laisse plus personne entrer. » Alors je me rappelle que je ne suis pas que cela, la somme de mes souffrances, de mes deuils, de mes blessures, de mes erreurs et de mes peurs aussi. J'essaie d'apprendre à ne pas laisser la douleur déformer ce qu’il y a de tendre en moi. Laisser encore l’or circuler, même dans les parties sombres. Ne pas devenir pierre, mais lumière qui persiste dans la fêlure. Ce n'est pas toujours facile. Parfois cela prend plus de temps selon l'intensité de la blessure. Parfois, ce n'est pas aujourd'hui. Ce n'est pas demain. Ce ne sera pas après demain non plus... Et pourtant, je regarde le ciel et je garde espoir. Je tangue entre deux eaux, en espérant ne pas chavirer, en luttant contre cette idée que je suis trop abîmée. Ce n'est pas tous les jours évident, mais des fois, j'arrive à me persuader. Des fois non. C'est ainsi l'Humain. C'est complexe et névrosé. 

Le kintsugi n’est pas seulement un art manuel. C’est un art de vivre. Une lente reconstruction de soi, patiente, humble, profondément humaine. Il nous enseigne la tendresse envers nos plaies, la dignité du cœur fendu, la beauté de ce qui persiste. Certains mettent de l’or par la parole, d’autres par la musique, la marche dans le froid, l'écriture, ou le souffle d’un pardon longtemps retenu. Peu importe le chemin que tu empruntes, tant qu’il mène à cette paix qui ne demande plus rien d’autre que d’être là.

Et puis, il y a cet instant suspendu, celui où la douleur devient mémoire, où la plaie ne saigne plus mais scintille. Ce moment où tu ne veux plus effacer ton histoire, parce que tu comprends qu’elle t’a façonné. Alors tu te regardes dans le miroir, et tu reconnais la beauté de tes cicatrices : l’or court sur ta peau, discret mais éclatant. Tu n’es plus la même personne, mais tu es enfin toi.

Voilà, nous sommes cela aussi : une mosaïque d’ombres et de lumière, un corps réparé, une âme dorée.

Nous sommes tous des bols fêlés, un peu cabossés par la vie. Mais c’est par nos brèches que la lumière entre. Alors écoute... Si tu tends l’oreille, tu entendras peut-être le bruit doux du monde qui recolle les morceaux, un par un.

À ceux qui ont aimé jusqu’à se briser, à ceux qui ont survécu à la perte, aux cœurs qui tremblent encore : n’effacez rien. Versez-y de l’or.

✨ Geste de bienveillance

Ce soir, prends un moment pour t’asseoir dans le calme. Allume une bougie. Ferme les yeux. Pense à une blessure, ancienne ou récente, que tu portes encore en silence.
Visualise-la comme une fissure sur une porcelaine aux couleurs de la nuit. Puis imagine que tu y verses doucement de la lumière dorée, qui se faufile dans chaque fissure et la rend belle, unique.
Ne cherche pas à comprendre ni à réparer. Juste à honorer.
Et quand tu rouvres les yeux, répète en toi :
« Je ne suis pas brisé.e. Je suis doré.e de vérité. »

Parfois, il faut se le répéter beaucoup, beaucoup de fois... 

Vicky, funambule entre l’ombre et la lumière ✨

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