La porte du grenier

La porte du grenier

Quand la vérité n’est pas une réponse

Et si la vérité n’était pas une explication, mais une sortie du cadre qui donnait du sens à tout ?

Il y a des vies qui ressemblent à des maisons.

Pas parfaites, non.
Mais habitables.
Avec leurs murs, leurs habitudes, leurs repères.
On y circule les yeux presque fermés, on sait où sont les choses, on sait comment tenir debout à l’intérieur.

Il y a des jours plus lourds que d’autres, des pièces qu’on évite, des courants d’air qu’on ne comprend pas vraiment…
Mais dans l’ensemble, tout tient.

Tout fait sens, d’une certaine manière.

Alors on reste.


Et puis, un jour, sans trop savoir pourquoi, on monte au grenier.

Pas souvent.
Ce n’est pas un endroit qu’on visite naturellement.
Il est un peu oublié, un peu poussiéreux, comme ces pensées qu’on ne formule jamais tout à fait.

Et là, derrière une planche, un vieux meuble, quelque chose attire l’œil.

Une porte.

Discrète. Presque dissimulée.

Sur le bois, il y a un mot gravé, simple, sans emphase :

Vérité.

Ou peut-être Réponse.
On ne sait plus très bien.

Il y a toujours un moment d’hésitation.

Parce qu’au fond, on sent que cette porte ne mène pas vers une pièce de plus.

Elle mène ailleurs.


Alors parfois, on referme.

On redescend.
On retrouve la maison, ses murs, sa logique.
Et la vie reprend.

Mais parfois… on ouvre.


Et là, il n’y a pas de couloir.

Pas de nouvelle pièce.

Pas de réponse qui s’aligne proprement devant nous.

Il y a une clairière.

Une grande étendue ouverte.

Le ciel au-dessus.
Le vent, peut-être.
Des arbres au loin, des insectes, des bruits de vie.

Mais rien de construit.

Rien de pensé pour nous.

Rien qui nous dise quoi faire, quoi croire, quoi comprendre.

Ce n’est pas vide.

Et pourtant… ce n’est plus rempli de sens comme avant.

Peut-être que ce qui est déstabilisant…

ce n’est pas le vide.

C’est :

l’absence de réponse adressée à nous.

Parce que dans la maison,
tout est organisé autour de toi, de ta compréhension.

Dans la clairière,
rien n’est organisé pour toi.

On pourrait croire que c’est une chute.

Mais ce n’en est pas une.

C’est un déplacement.


Comme un animal qui sortirait de sa cage.

Une cage bien faite.
Une cage où rien ne manque vraiment.
Une cage entretenue, pensée, rassurante.

Et pourtant… une cage.

Dehors, il n’y a plus de gamelle posée à heure fixe.
Plus de roue qui tourne toujours au même endroit.
Plus de contours nets.

Mais il y a l’espace.


Et c’est là que quelque chose bascule.

Parce que la “vérité” que l’on cherchait n’était peut-être pas une réponse.

Pas une explication.

Pas un mot final qui viendrait refermer la question.

Peut-être que la vérité, c’est simplement ça :

sortir du cadre qui donnait du sens à tout.

Et se retrouver face à un monde qui n’a plus besoin de nous répondre.

C’est déroutant.

Parfois même vertigineux.

Parce qu’on ne sait plus quoi faire de cette ouverture.

On pourrait presque regretter la maison.

Ses murs, ses repères, ses certitudes imparfaites mais solides.


Mais en même temps…

il y a quelque chose d’étrangement vivant dans cette clairière.

Quelque chose qui ne nous enferme plus.

Alors la question n’est peut-être pas :

Qu’est-ce que la vérité ?

Mais plutôt :

Où est-ce que je choisis de vivre ?

Dans la maison, où tout fait sens.

Ou dans la clairière, où rien n’est imposé.

Et peut-être que la réponse n’est pas de choisir une fois pour toutes.

Mais d’apprendre à passer de l’un à l’autre.

À revenir quand c’est trop vaste.

À repartir quand c’est trop étroit.

Comme un souffle.

Comme une oscillation.

Comme une vie qui cherche, sans forcément vouloir se refermer.

Vicky funambule entre l’ombre et la lumière ✨

Retour au blog

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.