đ Quand les Ăąmes s'effleurent
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⚠De ces rencontres qui ne promettent rien et révÚlent tout, une minute suspendue qui rallume la flamme en nous.
Ce texte est le dernier opus du triptyque « Les langages oubliĂ©s », ces instants sacrĂ©s oĂč l'Ăąme sait. Voici les deux premiers :
I. Le parfum de la reconnaissance
Il y a parfois des rencontres Ă©tranges. Un parfum familier. Un regard que lâon reconnaĂźt. Juste un Ă©clat suspendu entre deux respirations du monde: un instant oĂč lâon sent que quelque chose dâinvisible sâallume en nous, au cĆur de l'obscuritĂ©.
Un mot, un sourire, une discussion ou une confidence volĂ©e Ă la nuit⊠Et soudain, tout semble plus clair, plus vibrant, plus magique aussi. Comme si un voile de brume sâĂ©tait levĂ©, ou peut-ĂȘtre, comme si ce voile de brume Ă©tait tombĂ© sur nous et l'autre (je n'arrive pas Ă me dĂ©cider đ), nous entourant d' une aura sacrĂ©e. Comme si quelquâun avait ouvert une fenĂȘtre dans une piĂšce oĂč lâair manquait depuis trop longtemps.
II. Ces liens qui révÚlent
Ces liens-lĂ ne sont pas toujours faits pour durer. Ils ne sont pas lĂ pour construire, mais pour rĂ©vĂ©ler : rĂ©veiller en nous ce que la routine ou les blessures avaient endormi: la tendresse, la curiositĂ©, le frisson dâĂȘtre vivant, le droit dâĂ©prouver encore.
Vivre sans attentes. Sans projection. Juste lâinstant.
On pourrait croire que câest trop peu, que cela ne « sert Ă rien ». On pourrait. Pourtant, parfois, un regard sincĂšre vaut plus quâune longue histoire mal vĂ©cue. Une seule conversation peut rouvrir une porte que l'on croyait scellĂ©e. Un instant peut suffire Ă se souvenir que lâon est encore capable d'aimer, mĂȘme sans prononcer ce mot qui ne nous effleure mĂȘme pas.
III. Le passage des Ăąmes
Ces rencontres ne sont pas des destins manquĂ©s. Elles sont des rappels d'existence, des rappels Ă la vie. Elles murmurent: « Regarde, ton cĆur nâest pas Ă©teint. Il bat encore. »
Il y a aussi quelque chose dâĂ©trangement apaisant dans ces liens sans attaches. Ils ne demandent rien. Ils nâobligent Ă rien. Ils se contentent dâĂȘtre lĂ , comme le passage dâun rayon de soleil sur la peau, doux, chaud, enveloppant.
Deux ĂȘtres se croisent, se reconnaissent, se comprennent sans promesse, sans conquĂȘte, sans masque, sans faux-semblants. Puis, quand la vie les sĂ©pare, elle ne le fait pas dans le fracas, dans le bruit, mais dans le silence respectueux des choses vraies, dans la douceur, dans la brume. Chacun repart enrichi, un peu plus vivant, un peu plus conscient de sa propre profondeur.
IV. Lâempreinte invisible
Puis la vie reprend son cours. On se salue, on sâĂ©loigne. Comme dans cette chanson, Feu de paille, dâAliocha Schneider⊠Mais au fond de soi, quelque chose demeure: une lumiĂšre discrĂšte, un secret partagĂ©, une rencontre.Â
Pas une blessure, mais une trace dorĂ©e sur la peau de lâĂąme, celle dâavoir croisĂ© quelquâun qui, un instant, a su nous rappeler que la beautĂ© peut surgir mĂȘme au dĂ©tour de lâĂ©phĂ©mĂšre, mĂȘme dans le noir.
Ces rencontres ne demandent pas de se souvenir. Elles demandent simplement dâhonorer ce quâelles ont Ă©veillé : une Ă©tincelle, un souffle, un battement.
Et peut-ĂȘtre quâau fond, elles ne sont pas inachevĂ©es. Peut-ĂȘtre quâelles ont dĂ©jĂ accompli leur rĂŽle, en nous laissant ce sentiment rare: celui dâavoir Ă©tĂ© profondĂ©ment vivant, ne serait-ce quâun instant. đ
V. Pour aller plus loin
Si un jour tu croises, toi aussi, une Ăąme qui te fait cet effet-lĂ , ne cherche pas Ă comprendre. Accueille. Respire. Et remercie la vie pour cette minute suspendue qui, sans le savoir, tâaura peut-ĂȘtre changé·e Ă jamais. Cet instant hors du temps oĂč tout a semblĂ© possible, mĂȘme l'impossible. Surtout l'impossible.Â
On parle parfois de frĂšres d'armes. Peut-ĂȘtre existe-t-il aussi des frĂšres et sĆurs d'Ăąme. Ceux qui se reconnaissent dans la brume, sans mĂȘme s'ĂȘtre cherchĂ©s. Je crois qu'il existe des batailles invisibles, menĂ©es cĂŽte Ă cĂŽte, dans le silence des cĆurs, lĂ oĂč la fragilitĂ© ne se raconte pas mais se partage. En tout cas, je me plais Ă le croire.
Comme les articles sus-mentionnĂ©s, je dĂ©die celui-ci aux voyageurs de lâinvisible, qui sâeffleurent dâune vie Ă lâautre, sans jamais se perdre tout Ă fait. Aux femmes, aux hommes, aux amies et aux amis qui Ă©clairent mon ciel tels des centaines d'Ă©toiles, merci et Ă bientĂŽt.Â
Vicky, funambule entre lâombre et la lumiĂšre